Laurent Obertone répond à la Stampa

Laurent Obertone, votre collègue Michel Houellebecq vous a qualifié de « plus grand polémiste de demain ». Vous-reconnaissez-vous dans cette définition?

« Polémiste » il me semble sous-entend une certaine outrance. Je trouve que mon travail est plutôt modéré, compte tenu de la gravité de la situation. Je m’efforce simplement de traduire le réel, sans exagérer, sans intention de séduire quelque média que ce soit, sans tenir compte du politiquement correct. C’est un contrat de confiance passé avec mon lectorat. Mais il est vrai que nous vivons une époque « progressiste » où le sens commun est devenu scandaleux, où la plus banale vérité « heurte », « choque » ou « indigne ». C’est une confiscation de la libre expression démocratique, une manière totalitaire de réguler l’opinion. Je refuse de m’y soumettre.

Dans le traduction de votre livre éditée en Italie par Signs Books il est affirmé que les événements décrits en « Guerilla » sont basés sur un travail d’étude, d’investigation et d’anticipation des services secrets français. Pouvez-vous nous détailler comme vous vous êtes imaginé les trois derniers jours de la France ?

J’étais depuis longtemps du fait de mon métier de journaliste amené à vivre au contact des forces de l’ordre, des magistrats, des victimes. Mon premier livre, la France Orange Mécanique, consacré à l’insécurité, m’a permis d’accéder aux plus grands experts du renseignement français, qui travaillent sur des scénarios d’embrasement urbain liés à des actes terroristes simultanés, tels que ceux décrits dans Guerilla. J’ai été particulièrement frappé par l’ampleur de leurs connaissances, et la faiblesse de leurs moyens. Ils savent parfaitement ce qui peut se passer, ce qui va se passer, mais n’ont aucune possibilité de l’empêcher. Le gouvernement se fiche de leur travail : sa préoccupation est la communication, pas l’action.

« Guerilla » critique farouchement une certaine idée d’accueil, d’intégration et de « vivre ensemble » (ce dernier est un concept récurrent dans l’ouvrage). Que pensez vous du multiculturalisme?

Je crois qu’il s’agit d’une utopie pure, extrêmement nuisible à la cohésion des sociétés occidentales, et à notre civilisation. En dépit d’une propagande intensive des grands médias français en sa faveur, on ne peut que constater son échec, sécuritaire, social, économique, et son rejet global par l’opinion. Mais, et c’est le propre des utopies, on ne parle de son succès qu’au futur, en refusant l’accablant témoignage du présent. L’Europe entend forcer les Européens à « vivre ensemble », en déniant totalement aux citoyens l’expression de leur souveraineté sur ce sujet pourtant fondamental, quelles qu’en soient les conséquences. Pour les gagnants de la mondialisation, la seule identité autorisée, la seule issue morale, est la négation de soi, et le refus de toute identité.

Le livre débute sur un fait particulier, un policier qui perd le contrôle durant une descente dans une banlieue parisienne. Cela rappelle, d’une certaine manière, le film la Haine. Seulement, ici, une fois déclenchée, la spirale de violence ne s’arrête plus. Le film de Kassovitz date du 1995, votre roman dystopique (nous avançons cette définition) a été publié en France en 2016. Qu’est ce qui est changé en 20 ans dans la société française?

L’immigration extra-européenne, notamment subsharienne, a explosé depuis. Les grandes banlieues françaises, dites « sensibles », là où ont lieu la plupart des affrontements avec les forces de l’ordre, sont très majoritairement peuplées de jeunes issus de cette immigration, fortement tentés, sinon encadrés, par le trafic, et parfois par l’islam. Il faut savoir que cette immigration récente et massive, largement touchée par le chômage, est impliquée dans les 2/3 des crimes et délits commis en France.

Que pensez vous des mouvements d’extrême droite qui sont en train de gagner du terrain en Europe dans ces dix dernières années? Après Aube Dorée en Grèce, récemment ont été démantelé des camps paramilitaires en Allemagne. Est-ce qu’il y a un risque effectif d’un conflit armé, d’une guerre civile?  Ou bien ce conflit existe déjà mais il est passé sous silence a cause de ce que vous définissez la plaie moderne, c’est-à-dire la désinformation? 

C’est une réaction logique à cette situation de déni d’opinion : en qualifiant de « raciste » quiconque remet en cause l’immigration, on pousse beaucoup d’Européens vers de telles extrémités. Ces mouvements pour l’instant encore contrôlables sont amenés à prendre de l’ampleur. La guerre civile ne viendra pas d’eux, du moins par pour l’instant. Les situations décrites dans Guerilla reposent sur des conflits fragmentés, globalement inorganisés, sans buts politiques réels.

Quant aux citoyens « moyens », ils n’agiront que si la situation se détériore au point de remettre en jeu leur quotidien, notamment en cas d’effondrement du système d’approvisionnement énergétique et alimentaire, ce qui, comme je le montre dans mon livre, peut se produire beaucoup plus rapidement que l’on ne le pense.

Pour l’instant, tout risque de « révolution » est inexistant : les citoyens moyens, élevés à la consommation et à la dépendance étatique, sont très dociles. Aussi méprisés qu’ils soient dans leur souveraineté et dans leur volonté, ils payent toujours leurs impôts, entendent toujours laisser l’État régler leurs problèmes, et croient toujours que tel ou tel leader politique pourra miraculeusement tout remettre en ordre. Il est si confortable de le croire… La situation de confort et d’abondance dans laquelle évolue notre génération nous incline à l’utopie « douce », c’est-à-dire à préférer croire, comme nous le répètent les multiculturalistes, que tout finira par s’arranger, qu’il ne faut pas faire d’amalgame, et que tout ira mieux dans un monde uniformément mélangé… Dans laquelle les nations européennes semblent vouloir sacrifier leur propre diversité.

Propos recueillis par Davide Lessi.

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