L’appel de la forêt

c4cdaf2d89769b63c0aa12de24b2d407

Dans la profondeur de la forêt résonnait un appel, et chaque fois qu’il l’entendait, mystérieusement excitant et attirant, il se sentait forcé de tourner le dos au feu et à la terre battue qui l’entourait, et de plonger au coeur de cette forêt toujours plus avant, il ne savait où ni pourquoi ; il ne se posait pas la question mais l’appel résonnait impérieusement dans la profondeur des bois.

Il est toujours envoutant, ce bon vieux livre de Jack London, qui raconte l’ensauvagement progressif du brave chien Buck, mais ce n’est pas (tout à fait) le sujet – seulement le titre.

Ma période de promotion va se terminer, d’ici quelques jours. Période intense, hors tanière et loin du silence, période de déplacements, rencontres, discussions, autour des livres passés et à venir. Période de travail inconscient, qui permet de faire le point, d’organiser un peu mieux la suite, le confinement. Car ces temps de jours mangés de nuit, ces temps de grands froids qui viennent, de veillées et de lectures au coin du feu, de gamins aux yeux luisants de songes, de contes anciens, de marchés d’autres siècles, d’Avent, de crèches et de merveilles, de vapeurs de vin, de senteurs d’épices, de cierges et d’oranges, ce sont aussi les temps où l’on bûcheronne, en prévision des hivers suivants.

J’entends cet appel, de plus en plus fort. Je rentre dans l’hiver, et l’hiver veut entrer en moi. Je vais me raréfier – c’est déjà le cas – des réseaux. Veuillez nous excuser, l’auteur hiberne, coupe du bois – ou chasse en son pelage d’hiver, quelque part sur sa banquise, dans l’immensité des neiges, invisible, insaisissable, et parfois immobile, comme stupéfait, les joues rouges et les yeux brillants, ivre de l’infinie page blanche des possibles. Merci de laisser un message.

Que vienne dans toute sa rigueur cette belle saison mantelée de givre, ce retour à l’éternité terrienne, cette brasière au cœur les plus froids des hommes les plus durs. Que la plume fasse son œuvre et que les bois s’enneigent de l’épais silence des hivers immortels. Et avec les craquements du dégel, quand viendra la revanche du soleil, des fontaines, des ramages et des fleurs, quand la terre s’échauffera et que les serpents se désenglueront les dents, je saurai sans doute de quel bois sera fait mon printemps, et la rentrée littéraire du prochain automne, où je sais qu’on m’attend.

Écoutons encore London :

Il y a une patience dans la vie sauvage — obstinée, inlassable, pendant d’interminables heures, l’araignée dans sa toile, le serpent dans ses anneaux, la panthère en embuscade ; cette patience est tout particulièrement celle de la vie quand elle chasse la nourriture qui la fait vivre.

Je suspends là mes divagations automnales ; bonne fin de semaine à tous, et à très bientôt.

Cet article a été publié dans Indéfini. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour L’appel de la forêt

  1. Merci Mr Obertone pour ce texte qui nous rappelle que l’hiver a ses charmes, surtout loin de la ville: cette odeur boisée d’humus, riche de ses promesses de renouveau, ou ce froid sec qui ébroue les sens et nous fait regarder vers l’avenir. La maison redevient ce cocon qui accueille ces proches qui nous sont chers. Devant la cheminée, le temps ralentit, et nous offre cette opportunité de réflexion, de veille pour se projeter sur le nouveau cycle de vie qui nous attend.
    Au plaisir de vous suivre, et surtout de vous lire.

  2. GERARD dit :

    très beau texte en effet, à partager. Je deviens de plus en plus à l’inverse comme cet homme transformé en cafard. Je deviens ce cafard qui cherche à redevenir cet homme, dont mes ainés mon parlé et que j’ai oublié. Attention à ne pas devenir ce loup, ou seulement si nécéssaire.

  3. Laurie dit :

    Très puissant. Quel talent, monsieur Obertone ! Merci pour vos productions écrites et orales dont je ne me lasse jamais.

  4. Clodomir dit :

    « …organiser un peu mieux la suite, le confinement. »
    On peut dire que vous avez été visionnaire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s